Tu as pu découvrir dans le numéro de décembre le récit gagnant de l’édition 2025 du concours Mots d’elles : le texte de Jeanne, consacré à Jane Austen. Il y a deux autres gagnantes, dont tu vas pouvoir découvrir les textes dans Juliemag.
Voici le récit de Maïlys, 11 ans, autrice du texte sur Nemonte Nenquimo : « Le jour où je suis devenue le visage de mon peuple ».
Maïlys pratique : le patinage synchronisé sur glace en équipe et fait partie des jeunes sapeurs-pompiers.
Aime : jouer du piano et faire de la poterie.
Ses rubriques préférées sont : la mode, les tests et le Journal Momoche.
« J’ai décidé d’écrire sur Nemonte Nenquimo parce qu’à l’école, je venais de faire un exposé sur l’Équateur : c’est une région de la Terre qui me plaît. Et je trouve Nemonte très courageuse de se battre pour son peuple. J’ai choisi le jour où elle a été élue représentante de son peuple, parce que ça m’a fait penser à ma propre histoire : l’année dernière, je me suis présentée pour être déléguée de classe. Pour écrire la nouvelle, j’ai fait des recherches sur Internet et j’ai lu un livre sur elle. Puis, j’ai écrit dehors, au soleil, ça m’a donné des idées et m’a permis de me sentir plus près de la nature, un peu comme Nemonte. J’étais en train de lire une histoire à ma petite sœur quand ma mère m’a appris que je faisais partie des gagnantes. J’étais super contente ! »
« Le jour où je suis devenue le visage de mon peuple »
Je suis debout au bord de la rivière Curaray. Le soleil commence à passer entre les feuilles, et sur l’eau calme se reflètent les premiers éclats dorés. Aujourd’hui est un grand jour. Je vais me présenter au Grand Conseil de mon peuple, les Huaorani, avec l’espoir de devenir présidente, là où aucune femme n’a encore jamais été élue. Devant moi, des pirogues glissent lentement, tracent de longues lignes à la surface de l’eau. À l’avant, les enfants rient et lancent des miettes de manioc aux poissons volants. Plus loin, un ancien de notre tribu à la peau ridée comme l’écorce d’un arbre rame très lentement. C’est le rythme du fleuve, le rythme de notre monde, de la jungle. Je me penche au-dessus de l’eau et aperçois mon visage. Autour de mon front, un serre-tête traditionnel est composé de plumes et de fleurs tressées aux couleurs de ce que je suis : noir, comme le jaguar, notre animal totem, silencieux, avançant à pattes de velours. Émeraude, comme les plantes que l’on utilise pour se soigner. Magenta, comme les pétales des fleurs : éclatantes et rares, qui poussent malgré les tempêtes. Orange, comme la graine d’achiote, un arbre de ma forêt, que j’écrase pour peindre un masque sur mon visage. Je m’appelle Nemonte Nenquimo, mais tout le monde ici m’appelle « Nemo ». Je suis née en Amazonie, entre les racines et les chants des oiseaux et de la pluie. Depuis mon plus jeune âge, je me bats pour protéger notre terre : pour que l’on cesse d’abattre nos arbres, de polluer notre eau et d’effrayer les animaux qui partagent cette jungle avec nous. Je me dirige à présent vers la hutte du Grand Conseil. Sous mes pieds nus, la terre est encore fraîche. J’entends les chuchotements des femmes. Jamais l’une d’entre elles n’a encore pris cette responsabilité. Je le ressens au plus profond de ma poitrine, comme si leurs cœurs battaient à l’unisson avec le mien. Cela me donne du courage. Alors, je redresse les épaules et avance vers le cercle des anciens. J’ignore ce qui m’attend, mais je sais pourquoi je suis là. « Notre terre est sacrée, belle et rare comme une pierre précieuse. Mais beaucoup veulent la prendre, extraire le pétrole, faire taire nos oiseaux, assécher nos rivières. Aujourd’hui, je suis prête à tout pour convaincre les anciens et les plus jeunes qu’ils ont besoin d’une guerrière de la forêt. Notre Amazonie n’a pas besoin de parler fort. Elle murmure. Elle respire dans chaque feuille, chaque goutte, chaque cri de singe hurleur. Ici, même le silence est vivant. »
J’ai les mains moites devant le Grand Conseil après avoir prononcé ces mots. Les yeux des hommes me regardent fixement, leurs bâtons surmontés de plumes sont pointés vers moi. Je les affronte avec mon regard droit et noir comme celui du jaguar. « Notre terre n’est pas à vendre. Elle est vivante. Elle nous parle. » Cette fois-ci, ma voix résonne en écho aux chants des oiseaux et de la pluie. Tous lèvent les bras vers moi. Le Conseil m’a choisie. Moi, Nemo, je suis devenue leur présidente. La première femme élue.
Ma voix tremble un peu, mes yeux sont humides, mais je sais que demain, il faudra encore se battre. Et je ne suis plus seule. Nous sommes des milliers. Des femmes aux mains peintes, des hommes au cœur droit, aux mots clairs comme la rivière. Nos futurs enfants seront là, eux aussi. Je leur promets qu’ils connaîtront cette terre vivante. Nous leur apprendrons à écouter le vent et à se méfier des promesses qui brillent comme les yeux d’un serpent. Aujourd’hui, je suis devenue le visage d’un peuple en résistance. Le combat pour protéger la forêt et nos droits est loin d’être terminé. Il ne fait que commencer.
ÉPILOGUE
Après son élection, Nemonte Nenquimo a poursuivi son combat contre les grands projets pétroliers, défendant le droit de son peuple à respirer un air pur, à boire une eau claire et à préserver la faune et la flore. Aujourd’hui, elle est l’un des symboles de la justice et a même été récompensée par le prix Goldman pour l’environnement.
Franchement, bravo ! Écrire ça a 11 ans c’est incroyable, je pense que tu peux continuer dans la littérature et l’écriture. Tu es incroyable !
Bravo !
Suuuuuuuuper
Waouh! BRAVO MAÏLYS ! C’est un texte MAGNIFIQUE! Tu l’as bien mérité, ta victoire!
WOW!!! Bravo, c’est magnifique!
Magnifique texte😁!
Bravo à elle
Bisous 😘
Bravo Maïlys
Cc est que c est celui dans le mag de décembre le elle t inspire ??
♥️♥️♥️
Je suis hyper impressionnée !!!! Ce texte est incroyable !!
C’est poétique, touchant… Les descriptions sont super bien faites ! On ressent l’histoire comme si on y était !
Bravo !!!! 👏👏👏👏
🌺Fleur_exotique🌺